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BONNIERES EN JUIN 1944

 par Gilbert MERCKX

 
Il y avait déjà trois ans que j'étais interne au Collège Saint François de Sales à Évreux. Ce collège avait une moitié réquisitionnée par l'armée allemande. Les sorties des internes étaient autorisées une fois par mois en fonction du mérite (de 11h00 à 16h30 ou 20h00). La vie y était celle des collèges ou lycées à cette époque, nous y mangions ce qui nous était proposé en ces périodes de restrictions plus ou moins sévères, les réserves apportées des familles ( confiture, beurre salé, biscuits faits à la maison) ou par elles lors de la sortie trimestrielle.
 
  Chaque jour, il fallait selon l'état de la luminosité extérieure aux locaux de vie, mettre " les panneaux" en léger cadre de bois et papier goudronné aux fenêtres des lieux afin de cacher toute lumière intérieure qui aurait permis aux avions alliés de se repérer, ils volaient alors à vue et radio selon les instructions d'un navigateur de groupe et donc de reconnaître leurs objectifs. Cela était pour toute pièce nous recevant car il n'y avait pas de volets extérieurs ni aux salles de classe, d'études, de réfectoires et bien sûr de dortoirs.
 
  De temps à autres, les sirènes d'Évreux et du champ d'aviation hurlaient la nuit principalement, les passages de groupes d'avions (alliés et allemands) se faisaient entendre de même que les tirs de la D.C.A.( canons antiaériens) et les traits de lumière des projecteurs ce qui nous signalaient les dangers éventuels. Nos surveillants nous avaient initiés à l'habillage rapide "dans le noir" pour le cas où nous aurions dû quiller les lieux ( chaussettes dans les chaussures, au-pied et sur le lit : pull-over, chemise, pantalon et caleçon).
 
  C'est ainsi que trois ans se sont passés dans une sécurité relative.
 
  À la rentrée de 1943, un peu à l'écart du collège (à peine 100 mètres), nous avons constaté que des tranchées avaient été creusées par les grands de la session du "bac" de septembre et les professeurs sous les arbres du parc. Nous y avions fait quelques exercices d'alerte. Les alertes aériennes devenaient de plus en plus fréquentes et au fur et à mesure que les beaux jours se rapprochaient, les jeudis et les dimanches de beau temps, nos séjours en forêt se faisaient plus longs et nombreux. Lorsqu'un jour d'avril, vers 13h00 au cours d'une récréation habituelle, deux avions,au bruit spécifique de leur moteur surgirent en rase-mottes dans l'alignement de la voie ferrée (gare d'Évreux) et lâchèrent quelques bombes. Nous n'avons pas eu le temps de réagir et nous mettre à l'abri, heureusement aucune victime.
 
 Je pense que c'était le lendemain, vers midi, au sortir du réfectoire, François Lavaine et moi, habitants Bonnières, nous étions demandés au parloir où Papa venait nous récupérer avec nos affaires (vêtements et livres) en vitesse pour nous rapatrier sur Bonnières. Marie-Louise, pensionnaire dans un collège de filles avait été récupérée. Nous devions travailler à nos études, mais le coeur n'y était vraiment pas. Alors, pour nous camoufler tant soit peu (nous avions 16 ans) Papa nous avait incorporé au "service agricole" de la petite ferme de l'usine. Avec d'autres ouvriers et aussi Bernard nous avons passé de nombreux jours où il ne pleuvait pas à échardonner (couper à la racine les chardons et autres plantes nuisibles un à un avec une petite lame de fer de 4 à 5cm au bout d'un bâton)  la récolte de blé en passant entre les rangs et surtout sans abîmer les pieds de blé ; il n'y avait pas de désherbants chimiques ni les moyens d'empêcher la profusion des graines adventices. les autres jours devant la pénurie de main-d'oeuvre, nous donnions des coups de main à l'usine pour les travaux de manoeuvres jusqu'au jour où le pont provisoire de Bonnières fût bombardé (sans être atteint) mais les pavillons "Singer " le long de la voie ferrée détruits.
 
  Avant la tombée de la nuit Papa nous embarquait  en camion "Bonvallet" pour Saint-Vigor, plus éloigné de la vallée de la Seine : la famille Merckx (9), Jacqueline Vander Wielen, la famille Lavaine (5) dont le père était prisonnier en Prusse, et Irène Plaisance (amie et voisine) dont la maison était en ruine et les parents blessés. 
 
  À Saint-Vigor, je ne me souviens plus de ce que les filles faisaient, les repas sans doute, mais François et moi avons fait les bûcherons et les scieurs pour alimenter le camion "gazogène" Bonvallet qui fonctionnait au bois, mais en petits morceaux qu'il fallait scier à 5cm maximum et fendre à la même dimension. Cela était nécessaire pour le "ravitaillement officiel" blé puis farine. Je me suis initié en complément à la meunerie, car par moment je me trouvais, à cause des livraisons, seul. Avec Bernard et d'autres, nous avons aussi appris à la force des bras comment on dégage des herbes et tous autres corps une grille protégeant la roue motrice d'un moulin ("au fil de l'eau") à cette époque. 

Nous sommes restés quelques semaines à Saint-Vigor en nous réfugiant principalement de nuit sous le "magasin"  protégés par sa dalle de béton et plusieurs tonnes de farine et son qui y étaient stockés lors des nombreux passages des forteresses volantes alliées soit lorsque nous entendions les bombardements proches et principalement celui de la gare et embranchement ferré de la ville d'Évreux (et donc du Collège, détruit dans la moitié inoccupée par les Allemands),  et des ses alentours (plusieurs camarades de classe et professeurs y trouvèrent la mort) dans les derniers jours de mai.
   Nous y écoutions aussi discrètement que possible les émissions provenant de la B.B.C., ce qui était totalement illicite, voire dangereux. Et une certaine nuit, passage très intensif d'avions de toutes sortes,  plus ou moins rapides, tirs fournis de la D.C.A.. Quelque chose se passait et au matin, la B.B.C. et Radio-Paris annonçaient "le débarquement". C'était le 6 juin....grande lueur d'espoir, mais aussi souvenir amer du même espoir qui fut vite déçu en 1942 au lendemain du débarquement catastrophique des Canadiens à Dieppe. Les heures furent longues......à l'écoute de la B.B.C......, le sortir des plages plus ou moins heureux selon les sources officielles ou alliées. Et l'annonce d'une prochaine tempête alors que les Anglais "butaient" devant Caen et les Américains s'avancaient avec difficultés, les diverses "plages" restaient isolées.... Enfin, au bout de 48 heures, la préfecture de l'Eure envoyait par courrier aux maires (Pépé Bonvallet était maire de Saint-Vigor) l'annonce officielle du débarquement. Je suis allé porté à pied dans l'après-midi, sous un soleil de plomb, ce message à la mairie située sur le plateau (au hameau de Chanteloup à quelques kilomètres de la vallée) et l'ai affiché sur le panneau adéquat, en évitant de me montrer aux avions de passage en plongeant deux ou trois fois dans les fossés bordant la route,  car la circulation automobile était étroitement surveillée coté allemand et coté ciel. L'espérance était énorme, mais pour chacun d'entre nous l'avance était trop lente surtout en face de Caen.
  Parce que les ponts étaient bombardés ou détruits par la Résistance, que le carrefour des routes à Saint-Vigor était aussi un point sensible, il semblait aux adultes que le quartier du moulin pourrait devenir dangereux et chacun d'eux cherchait des endroits de repli à quelques kilomètres de là loin d'objectifs qui pouvaient devenir stratégiques, c'est à cause de cela que Papa  put trouver deux maisons à louer à Mousseaux-sur-Seine (pour les familles Merckx et Lavaine) ces maisons ayant à coté d'elles une grotte sous la colline.

 
  Bien entendu, le transfert de la smala s'est effectué de jour par voiture (ce jour-là une camionette) et camion "Bonvallet" avec tous les risques que cela pouvait représenter (mitraillage par les avions). C'est pourquoi nous avons emprunté les "petits chemins" , qui passaient entre les bois ou passages dissimulés aux regards, plutôt que la route nationale surveillée par terre et air. Cela n'a pas empéché que nous mettions "notre système en état d'alerte" pour pouvoir arrêter rapidement dès la vue d'avions ou de bruits de moteur suspects. On sautait à terre dès l'arrêt et on se précipitait, soit dans le fossé, soit le plus loin possible du véhicule. J'étais donc chargé, comme d'autres fois précédentes d'ailleurs, de voyager à l'arrière dans la caisse non bâchée du camion et de surveiller l'horizon. Le système d'alerte consistait en une corde que je tenais à la main, code reliée à l'autre extrémité au bras du chauffeur qui devait arrêter immédiatement lorsque l'on  lui envoyait quelques tractions énergiques.
 
  Nous avons vécu à Mousseaux environ deux mois puisque nous avons été libéré vers le 22 août de façon beaucoup moins festive que Paris. Presque chaque jour, François Lavaine, Bernard et moi d'une part nous nous rendions à l'usine Chéron pour aller ensuite dans les champs pour la moisson et ramasser les gerbes pour les mettre en "dizeaux" (10 gerbes debout en cercle, coifées d'une onzième couchée dessus pour protéger de la pluie). La cadence était nettement inférieure aux récoltes actuelles, la moissonneuse-lieuse avançait au pas des chevaux. Les parents nous avaient bien vivement suggérer de continuer à apprendre notre programme scolaire, mais hélas... ! Papa continuait à aller à l'usine à vélo ou à moto,  l'alimentation animale de disette lui permettait d'avoir un "ausweiss" pour circuler hors "couvre-feu". Chaque semaine (le mercredi) il allait à Paris par l'un de ces moyens et revenait le soir ou le lendemain ; il fût d'ailleurs renversé par un camion allemand et blessé à la tête sans trop de gravité, lors de l'un de ces voyages. Maman, les filles et Jacqueline Vander s'occupaient de la cueillette des fruits et légumes du jardin de Bonnières que la plupart de vous ont connu. Le transport de ce ravitaillement était assuré par nos bicyclettes et surtout par la carriole de Nénette (notre ânesse qui en temps normal bénéficiait de l'herbe du "champ"). Déjà âgée cette bête n'avançait qu'à son train de sénateur ou de son bon vouloir sauf lorsqu'elle entendait le son des avions, auquel cas, si en descendant de la charette, on se cachait ou se protégeait, on ne la retrouvait qu'à Mousseaux. Les alertes sans sirène nous menaient fréquemment dans les caves voisines. Jacques, qui n'avaient pourtant que 3 ans était un merveilleux veilleur, il parvenait, de jour ou de nuit, au bruit des moteurs d'avions à les reconnaître : les allemands avaient des moteurs à nombre de cylindres impair ce qui leur donnait un bruit caractéristique, les alliés avaient des moteurs "plus ronflants" , et à la suite de sa petite expérience de nos façons d'agir lors des bombardements précédents,  en pleurant, nous annonçait l'approche des avions alliés. Selon le temps, souvent chaud, nous allions nous baigner dans la Seine, à une petite plage abritée par des arbres pour nous dissimuler, proche de la maison ; une jour un avion patrouillant au-dessus de la Seine fit un aller-retour en rase-mottes au-dessus de  nous, nous prenant sans doute pour d'autres que nous n'étions pas, la sortie de l'eau fût extrêmement rapide ! Il faut tout de même vous dire que le quartier général de Rommel, front de l'Ouest, était à quelques kilomètres (1 ou 2 à vol d'oiseau) de l'autre coté de la colline nous protégeant.
 
   Puis, après une nuit où nous avons assisté à des échanges de tirs de canons et de balles traçantes, nous avons appris que la boulangerie de campagne allemande installée à Bonnières à proximité des écoles communales actuelles ainsi qu'un hangar et deux maisons voisines brûlaient, en montant sur la colline la fumée était très noire et donc visible. les Allemands quittaient-ils le secteur ? Pourtant il y en avait encore, on en voyait, selon certains. Deuxième nuit de tirs, nième nuit sur la paille dans la grotte, tirs incessants, les balles traçantes formaient un feu d'artifice rasant et les canons tiraient plus loin que la veille, de l'autre coté de la Seine. Les jours qui ont précédés la libération, les Allemands faisaient de fréquents passages sur la route de cette boucle de la Seine et un après-midi, vers 16h00,un engin un peu bizarre ne ressemblant pas à un véhicule allemand, mais kaki, fit son apparition,occupé par des drôles de militaires assez débonnaires roulant tranquillement l'arme à la main, il fit un passage dans la rue unique de Mousseaux. Nous avions compris, un véhicule plus important, mieux garni en effectif suivi quelques instants après, c'était la liesse, il ralentissait. Les hommes envoyaient du chocolat, de cigarettes, des rations conditionnées, Jean (qui vous enverra les détails) leur envoyait des fleurs, mais avec trop peu de force pour qu'ils les reçoivent ; ils demandaient des tomates, des fruits frais. Et puis, plus rien que le tirs des armes vers les crêtes des collines. On se prépara à passer une autre nuit dans la grotte, avec les rats qui circulaient en tous sens, dérangés par le tintamarre et les vibrations du sol incessantes. 

   Dérangés, les rats s'en donnaient à coeur-joie, ce qui n'était pas sans conséquence sur l'atmosphère et le bruit dans la cave à deux niveaux sous roche que nous fréquentions pour avoir des nuits aussi calmes que possible et surtout plus sécurisées, les cris et les parlottes de ces dames retentissaient dès que la paille crissait. Les tirs demeurant incessants mais plus ou moins fournis depuis que l'on avait pu voir "les avant-gardes américaines", on pouvait s'attendre à tout : rage des Allemands puisque l'accueil des libérateurs avait laissé des traces irréfutables, les fleurs, les fruits qui n'avaient pas atteints les objectifs gisaient sur le bord de la route, ripostes alliées pour reprendre le terrain reconnu ? C'est donc au cours du début de la soirée, alors que nous nous installions aussi confortablement que possible, que de violents coups sont frappés dans la porte..... pourquoi si violents puisque ce n'étaient que des "parlant français" qui poussaient ces vociférations..... ? Que fait-on ?... les coups redoublent.... Allemands, Alliés ?.... Un langage qui ne paraissait pas scolaire, ni allemand, ni anglais de Shakespeare ?.... Les coups persistent et manifestement il faut aller répondre et sans doute ouvrir !  Répondre en français, en anglais ?....Et si c'étaient des Allemands ?....C'est alors qu'unanimement retentissent  : Gilbert vas-y puisque tu es au plus près ! Je descendis donc par la petite échelle qui se trouvait à coté de moi, craintif,  et allait ouvrir la porte pour me trouver nez à nez avec un "grand américain" qui venait vérifier que nous ne cachions pas d'Allemands et qui se mit rire en voyant toute la famille couchée dans la paille et aux gestes de qui nous répondions par nos quelques mots anglais ponctués par de nombreux "Ya, Ya" , mots allemands que nous ne savions aussi en usage outre-Atlantique et avec le même sens.
  De bonne heure, le lendemain matin, au lever du jour et après une nuit quand même avec un peu d'inquiétude, nous avons mis le nez dehors pour apercevoir dans la plaine de l'autre coté de la Seine de nombreux soldats, alliés, c'étaient sûr, qui la parcouraient remontant vers les collines. D'où sortaient-ils ? Papa et moi sommes donc partis par la route bordant la Seine, vers Méricourt, son barrage et plus loin Rolleboise. Ces soldats franchissaient la Seine sur la passerelle du barrage et forcément à la queue leu-leu venant sans doute d'au-dessus de Bonnières et Rosny (La Roche-Guyon et le Q.G. de Rommel était à vue en haut de la côte de Rolleboise). Mais notre étonnement fut de voir avec quelle célérité, au pied de la côte de Rolleboise, le franchissement des engins s'effectuait avec rapidité et régularité. Les chars passaient la Seine sur trois barges reliées par deux chemins de roulement qui supportaient les engins, d'où un radeau, un moteur hors-bord les propulsaient d'une rive à l'autre sans arrêt et à cadence rapide. Des autos bizarres (les G.P. = Jeep) roulaient sans arrêt sur la route encombrée de véhicules de toutes tailles et au milieu de cela des deux cotés de la Seine et à mi côte  des canons de petits calibres (des Beaufort quatre tubes) pour toute protection. Qu'aurions-nous fait au milieu de ces hommes si un avion allemand s'était pointé à l'horizon ? ....Inutiles à cet endroit nous avons repris nos bicyclettes pour aller vers Bonnières en remontant la côte. Peu de présence américaine jusqu'à la porte du chemin de Galicet.
  Là, une sentinelle et quelques soldats américains nous signalaient les mines disposées à même la route sous une sommaire motte de terre. Quelques mots anglais échangés dans un accent  bizarre, quelques mots français nous signalant qu'ils n'étaient pas installés même sommairement à Bonnières. (Bonnières était la limite entre la division américaine qui franchissait la Seine et l'armée anglaise commandée par le général (alors) Montgomery qui passait par Vernon.
  Papa et moi avons donc poursuivi la descente vers Bonnières, lorsque au pied de la côte, face à la rue Gambetta sortent de derrière les arbres un puis deux soldats allemands des S.S. seuls qui nous mettent en joue ..... Questions que Papa comprend de suite, mais échanges en allemand,.. ils voulaient savoir  où se trouvaient les Américains, eux cherchaient des moyens pour franchir la Seine et peut-être aussi déserter, ils devaient être faits prisonniers par la Résistance peu après ... Bonnières était désert de toute troupe, la boulangerie de campagne allemande cessait de se consumer ... les boulangers civils continuaient à faire seulement du gros pain complet, vendu au kilo, avec carte ; la nouvelle Municipalité avait pris possession de la mairie sans aucun combat, quelques femmes avaient déjà été tondues ... l'usine Chéron et ses stocks de disette étaient intacts, une batterie d'artillerie américaine était installée entre les deux hangars, pointée vers le barrage de Port-Villez et le pont de Vernon au cas où .... Ce que nous ne savions pas, c'est que sur le plateau du Vexin vers Tilly, Bois-Jérôme se passait une énorme bataille de chars qui avait été préparé par les Allemands pour arrêter les franchissements incessants de la Seine, elle dura quelques jours.  La route passant par Bonnières avait été classé par l'E.M. allié "route rouge" par laquelle devait passer tous ravitaillements, matériels, carburants, armes, munitions et troupes. Rien ne devait empêcher le flot incessant de véhicules, les "en panne" étaient poussés sur les bas-cotés et abandonnés aux suivants de l'arrière. Quelques semaines après, Bonnières était en zone anglaise et logeait dans les baraquements abandonnés par les Allemands et en ville le 1° R.E.M.E anglais (régiment d'artillerie anti-aérienne doté d'un Radar) en repos. Le pont de Bonnières détruit, le franchissement de la Seine se faisait par un petit bac, pour quelques véhicules légers, et pour les camionnettes, camions et autres par les ponts de bateaux provisoires installés à Mantes et Vernon par les troupes du Génie alliées. Les ponts "s'ouvraient" pour laisser passer les lents trains de péniches halés par de poussifs remorqueurs, la patience était nécessairement de rigueur, les prioritaires d'abord, les autres faisaient la queue pour attendre la remise en fonction de la partie du pont de bateaux qui avait été désolidarisée. 
 
  Quelques jours après, la libération de Paris accomplie (25 août), nous quittions Mousseaux pour rejoindre la rue Maréchal Pétain, lors de l'occupation, qui deviendrait la rue Jacques Deschamps, du nom de l'un des résistants fusillés quelques semaines auparavant .
  La vie reprit son cours petit à petit et vers fin octobre chacun retourna qui au collège, qui à l'école, etc... Le ravitaillement était toujours aussi difficile et les cartes de rationnement en vigueur pendant encore une bonne année (pain au maïs, matières grasse et viandes limitées, véhicules, bicyclettes, carburants, jusqu'aux cigarettes, au compte-goutte.....
  Ce n'était pas la fin des soucis, il fallait vivre, reconstruire,  remettre en route les usines, travailler avec les outils qui restaient  ; à partir de mai 1945, attendre le retour des malheureux prisonniers (depuis quatre ans et demi), les S.T.O. (déportés du travail obligatoire), les déportés des camps d'extermination et tous les déplacés..... Qui reviendrait et dans quel état ? ...
 
( FIn).
Gilbert.